10 avril 2011

 

" Le Foûta Tôro,

 

au carrefour des cultures "

 

Les Peuls de la Mauritanie et du Sénégal

 

 De Oumar BA

 

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           Castes

 

Comme chez les autres peuplades Soudanaises, la société se divise en castes professionnelles ou groupements fonctionnels fondés sur la communauté d'action, d'opération, d'occupation ou de préoccupation.

Ainsi on peut distinguer au Foûta Tôro:

 

1. Les Tôrodbé;

2. Les Peuls;

3. Les Diâwanbé;

4. Les Sebbé;

5. Les Soubalbé (pêcheurs);

6. Les Sakkêbé (cordonniers, peaussieurs);

7. Les Mâboubé (tissrands);

8. Les Wayilbé (fondeurs, transformateurs);

9. Les Awloubé (griots);

10. Les Lawbé (boisselier), subdivisés en :

 

            a) Kalmbân ou Lawbé lâna, c'est à dire les creuseurs de pirogues;

            b) Goumbalâ ou poètes épiques;

            c) Lawbé worworbé, fabricants d'ustensiles et objets d'art;

 

11. Les Wambâbé ou griots peuls;

12. Les Mâboubé Soûdou Pâté (catégorie de Wambâbé) et les Mâboubé Diâwanbé (autres catégories de Wambâbé spécialistes de l'histoire des Diâwanbé, ces Peuls défoulanisés);

13. Les Boûrnâbé (sous caste des Sebbé);

14. Les Rîmaïbé ou Gallounkôbé dits Hormankôbé.

 

Enfin, 15ème et dernière catégorie, celle des Matioubé ou esclaves.

 

Ce sont des groupements endogames (de spécialisations héréditaires) hiérarchisés. La caste, en bref, est un état de droit reconnu et sanctionné par la coutume. Il va sans dire que chaque caste possède sa hiérarchie, avec ses captifs, ses hommes libres et sa dynastie. Chaque caste possède, en plus de l'habilité professionnelle, la connaissance exacte des rites à accomplir, des formules à prononcer au cours des diverses opérations. On les acquiert par l'hérédité ou par l'apprentissage. D'ou le rite religieux et magique.

Les membres d'une même caste sont fasirâbé (égaux) et les gens des métiers sont englobés sous l'épithète de Nyenibé (habiles).

 

Il convient de rappeler que :

 

A) Musiciens et violonistes:

     Tisserands:

     Cordonniers            :                                               peuvent se marier

     Forgerons:

     et bijoutiers:

 

B) Artisans fabricants d'objets en bois:                 peuvent se marier

     Creuseurs de pirogues:

 

C) Les griots chanteurs. Leur nom awloubé est tiré de la racine awl, mélanger, brasser au figuré émouvoir.

 

 

          

 

        

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" De l'Origine Egyptienne des Peuls "

 

Aboubacry Moussa Lam

 

 

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Ce livre est seulement l’une des dernières oeuvres qui essaye de dévoiler le mystère qui demeure encore sur l’origine des Peuls que beaucoup d'anthropologues veulent localiser dans les régions de l'Afrique de l’Est, bassin du haut Nil.

- Dans la zone sub-sahelienne le peuple plus nombreux (environ 6 millions d'individus) est représenté par les Foula ou Foulbé (sing. Poullo), connus dans la région avec une grande variété de noms : Peul (la dénomination française plus commune), Foulah, Foulani, Féllata, éparpillés un peu partout, souvent en association avec d’autres gens, sont divisées dans un grand nombre de groupes, dont les principaux sont ceux du Fouta Djallon, les Foulbé Fouta, et ceux du Fouta Toro (vallée du fleuve Sénégal), les Haal Pulaaren ; ils s'étendent avec moins de densité bien au-delà des limites de ces zones, du Nigeria interne au bassin du Tchad, jusqu'au Cameroun. Ce sont d'anciens habitants de l'extrême occident soudanien et quelque auteur a cru de voir dans ce peuple des nomades "les rouges" (peut-être en indiquant avec ceci les reflets ambrés de leur peau) que des auteurs classiques déjà mentionnaient au-delà de la Mauritanie.

- Beaucoup de conjectures, souvent fantastiques, ont été faites sur les origines de ce peuple : entre elles deux plus plausibles, celle d'une dérivation berbère et celle d'une connexion éthiopienne - chamite. Certaines concordances ethnologiques, comme la centralisation de tous les intérêts et les valeurs sociales autour de l'élevage bovin, la singulière posture nilotique encore habituelle prés de certains groupes, et en général la fonction de "peuple guide" exercée dans tout leur habitat, en partie analogue à celle des Massaï à l'Est, peuvent favoriser cette deuxième hypotèse, mais sans aucune autre confirmation.

 

Leur présence a été confirmé avec certitude depuis le XI siècle au Fouta Toro (nord du Sénégal), dont ils bougèrent à la conquête du Nyoro et du Fouta Djallon. Déjà à la fin du 1200 ils étaient dans le bassin du lac Tchad.

 

Du XV au XVII siècle ils sont sûrement les principaux auteurs de l’islamisation de la zone de l'ouest africain comprenant les actuels états de la Guinée, de la Guinée Bissau, du Sénégal et d’une partie du Mali.

Ce processus se produisit essentiellement avec le secours des armes et avec des grands chefs comme protagonistes, parmi lesquels il faut sûrement rappeler El Hadj Oumar Tall.
Victimes de ces expéditions, tous les peuples limitrophes, païens et pas, se convertirent à la nouvelle foi religieuse qui fut maintenue au-delà de la chute de leurs conquérants.

 

- La structure sociale des Peuls du Fouta Djallon fut grandement influencée par l'islamisation qui les a amenés à abandonner graduellement leur nomadisme traditionnel pour arriver à la constitution d'un grand état théocratique avec capitale à Timbo et sous le guide de l'Almamy.
L 'Almamy ne gouvernait pas tout seul. Le pouvoir était divisé en deux: religieux et politique.
Les responsables politiques étaient élus parmi les responsables des grandes familles descendantes des fils d'El Hadj Oumar Tall.

 

- L'organisation de l'État se révéla particulièrement adéquate aux temps et à la situation en constituant, pour l'époque, un remarquable exemple de décentralisation à base de laquelle se trouvaient les Conseils de village qui élisaient leurs représentants avec consultation directe ; ceux derniers faisaient partie du grand conseil des sages qui assistait l'Almamy dans la gestion de l'ensemble du territoire.

Mais les vieilles habitudes ne meurent pas et l'individualisme typique des caractères nomades empêcha le maintien de l'unité nécessaire à bloquer l'avancée des français et, en septembre 1896, avec la bataille de Porédaka et la mort de Bokar Biro on concluait le cycle de domination Peul. Finissait ainsi même leur organisation particulière qui fut complètement ignorée par l'administration coloniale française.

 - Un passé dominateurs. Le niveau d'instruction et la conscience de ne pas faire partie des populations locales font en sorte que dans les Peuls du Fouta Djallon reste enraciné un certain sens de supériorité vis-à-vis des populations limitrophes autochtones .
Le contact séculaire à l'Islam et les études des témoins qui l'accompagnent ont grandement contribué à l’évolution de la culture et de l'instruction de ce peuple d'ex-nomades et, depuis les siècles passés, d'importantes écoles coraniques ont pu former des chefs de très haut niveau et, en général, augmenter le niveau moyen d'instruction des peuls du Fouta Djallon.

 

- L’amour pour la dissertation, l'écriture et les livres ont poussé la langue Pulaar à une évolution exceptionnelle et le résultat est une langue complexe, très riche en synonymes et nuances, qui permet des allocutions riches en rhétorique, en finesse et en abstraction comparables aux plus connues des langues modernes. Cette évolution trouve l’un de exemples plus remarquables dans la version intégrale duCoran en langue Pulaar.

Grande ouverture d’opinions et universalité sont les caractéristiques fondamentales de la pensée religieuse chez les Peuls du Fouta Djallon et l'échange d’opinions laisse des impressions souvent très surprenantes et positives.

 

- L’esprit de la société actuelle du Peuls du Fouta est une mélange particulière de respect de la tradition enracinée dans la mentalité rurale et l’habilité commerciale liée aux nouvelles opportunités qui on suivi la chute du régime de Sékou Touré ; dans ce contexte, la structure administrative actuelle de l'état guinéen s’adapte aux anciennes hiérarchies historiques.

 

- L'économie traditionnelle des Peuls, est encore l'élevage. La viande, à l'exception des volailles et en dehors des gros centres, est très peu utilisée comme source alimentaire directe, et le bétail est plutôt source de revenues à travers le commerce. Les troupeaux sont un capital à sauvegarder et dans l’alimentation sont utilisés surtout les produits secondaires dont on fait un grand consommation. Le plus commune est le lait, exceptionnellement consommé frais (bìra), normalement en forme fermentée (làtthiri kòssan ou lait caillé) et le beurre cuit (nèbban nàhi - "huile des vaches" -). Tous ces produits sont utilisés comme condiment, généralement sur le fonio (fògnè), le maïs ou le riz.


- L'agriculture, comme la chasse et la pêche, était considérée une occupation des esclaves (màthioubhé) jusqu'à l'arrivée des français. Dans les derniers dix ans, après la chute du régime de Sékou Touré et grâce aux nombreux projets de coopération, l’agriculture a pris graduellement un rôle de plus grande importance ; la technique et la production ont amélioré et, à présent, le Fouta Djallon est l’une des plus importantes zones de production de pommes de terre, d'oignons et de riz de l’ouest africain.

- Après la mort de Sékou Touré, le commerce aussi a eu un fort développement. Supporté par une mentalité parcimonieuse et opportuniste, et malgré les faibles moyens à sa disposition, le Peul a mis en évidence un dynamisme audacieux et ouvert à toute nouveauté avec des résultats surprenants. Ils ont su profiter des nouvelles possibilités de commerce international et contrôlent actuellement une grande partie des importations.

 

Amateur des objets de classe et de tout ce qui est de qualité les Peuls maintiennent généralement des habitudes sobres et sont des administrateurs très attentifs de leurs biens.
Dans les familles aisées, le serviteur, généralement bien respecté, doit exécuter les ordres sans discuter.
N'oublions pas que ce rôle avait toujours été confié aux prisonniers de guerre ou aux "esclaves noirs" (mathjoubè bàle) qui devaient tout à leurs seigneur. Jusqu’à aujourd'hui leurs descendants constituent la dernière caste de la société peule, après les potiers, les griots (samakalà) et les forgerons.

 

Ces derniers sont émancipés depuis longtemps grâce à l’importance de la production d'armes.
Bien que les lois, la constitution et l'état de droit, garantissent depuis un siècle la liberté des personnes, ce rapport de soumission résiste sous différentes formes jusqu'aux nos jours, transformée en sorte de symbiose qu'aucune des parties ne semble intéressée à cesser.

  

 

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Le peul / pulaar/ fulfude *

 

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Expressions courantes - Audio Anglais / Pulaar

 

L’origine de la langue peule est aussi controversée mais toutes les hypothèses sont unanimes au sujet de sa parenté avec les langues négro-égyptiennes dont les langues nilotiques sont un sous-groupe. De très considérables similitudes ont été signalées par les spécialistes entre la langue peule et les langues du Haut-Nil. C’est ce qui a poussé beaucoup d’africanistes à chercher l’origine des Peuls dans cette région.       

Dans son article, L. Homburger, 1936, Le Peul et les langues nilotiques, Bulletin de la société de linguistique de Paris, t.37, pp. 58-72) écrivait :         

Le Peul est étroitement apparenté aux langues nilotiques et surtout au sous-groupe du Sud (Masaï-teso) qui différencie le masculin et le féminin. Les suffixes de classes nominales du Peul correspondent à des morphèmes de catégories diverses du masaï et le traitement des initiales en Peul est en fonction du genre des mêmes mots en masaï . Le peul a donc connu la répartition des noms en deux genres et les classes actuelles représentent une évolution inexplicable mais tardive.      

Le système des classes dans le peul peut s’expliquer par un contact, à un moment donné de leur histoire, avec des populations bantoues. Cela semble d’autant moins contestable que le vocabulaire en garde des traces. Par exemple, nyaama signifie « viande » en Pulaar, nyamdu est la « nourriture » en fulfulde, et nyamugo est le verbe manger.            

Cette racine nyam signifie généralement « viande » dans les langues bantoues, notamment en swahili. On trouve généralement des analogies entre Peul et bantou dans le système de formation des dérivés verbaux.      

En fait, les populations tutsies du Rwanda, du Burundi et de la province du Kivu au Zaïre parlent le Kirundi, langue entièrement bantoue. Cela ne prouve rien, mais l’essaimage à partir de l’Egypte de ces populations est une hypothèse qui a une certaine consistance.

Le peul a, par ailleurs, profondément marqué des langues comme le wolof , le sérère et le diola au Sénégal, mais à une époque assez reculée car ces langues sont nettement différentes. D’un point de vue de linguiste, elles sont toutefois parentes quant à leur système phonétique à l’image des signifiants suivants :     


                    wolof           sérère         peul (pulaar)
   Eau          ndox               fofi                ndiyam
   Merci      djaradjef       tchorka            jaarama
   Route         tali               akat                laawol


Le mot « femme » se dit, en Sérère, tev au singulier, rev au pluriel ; en peul on aura respectivement debbo et rewbe, dont les dernières syllabes sont des suffixes de classe. Le mot « femme » fait partie des mots facilement identifiables pour rendre compte d’une certaine parenté linguistique entre le peul et le sérère.

Ainsi, Théophile Obenga (1980 : 70) soutient qu’il n’ y a aucune parenté génétique entre le peul et les langues nilotiques malgré cette parenté phonétique et demande la création d’une nouvelle famille qu’il propose d’appeler le négro-egyptien qui serait séparée de la famille sémitique . Cet auteur reconnaît que l’ancêtre commun de ces deux familles se situerait au Sahara, d’où la similitude entre les langues nilotiques et les langues chamito-sémitiques.

La question qui se pose est de savoir si ces ressemblances phonétiques induisent une parenté génétique entre les langues couchitiques et celui des langues ouest-africaines et quel a été alors le berceau commun. A ce sujet, Cheikh Anta Diop ne s’est pas gardé de conclure qu’il existe une parenté génétique entre le Peul et les langues couchitiques.

Selon lui, cette parenté ne doit nullement étonner dans la mesure où le monde sémitique est né, en partie, du monde négro-africain : le substratum du monde sémitique et le Sémite ne sont que le résultat du métissage entre les Nègres sédentarisés et inventeurs de civilisations avancées et des Blancs nomades. C’est ce qui explique, pour lui, la parenté entre le wolof, le peul, le sérère et l’arabe.

Ces deux hypothèses notent l’origine nilotique de la langue peule et jusqu’à présent aucune recherche n’a montré que cette hypothèse était non fondée.


Bayal SY,
Enseignant chercheur

 

 

 

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Tourisme

 

* Voyage au Fouta *

 

" Le voyage est ton père; quand tu te seras trouvé tu rentreras,

et la terre sera ta mère "

 

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Aggrandir la carte (le Fouta est entouré en rouge) 

 

Le Fouta-Toro est la région naturelle de l’extrême nord et du nord-est du pays habitée principalement par les Peuls et les Haal Pulaar, sur la rive gauche du fleuve Sénégal. Elle s’étend de Dagana, qui dépend administrativement de la région de Saint-Louis, à un peu avant Bakel, et couvre Matam érigée en région en 2001, avec la ville de Matam comme chef-lieu.

 

On peut dire simplement « le Fouta », comme le font certains, mais l’adjonction du « Toro » permet de préciser de quel Fouta il s’agit, car il en existe également en Guinée (le Fouta Jallon), la voisine du sud-est ainsi qu'au Mali (le Fouta Massina)

 

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Vous trouverez ci-dessous des informations "touristiques" (le terme de "touriste" lorsque l'on se rend au Fouta est évidemment à nuancer !) relatives au déplacement, à l'hébergement, à la restauration, à la vie pratique ainsi que tous les bons plans pour passer un voyage inoubliable au Fouta. Des informations qu'il vous sera difficile de trouver sur les guides de voyage ou sur l'Internet puisqu'elles sont le fruit de mes nombreux voyages dans cette région où je passe beaucoup de temps. N'hésitez surtout pas à me contacter si vous souhaitez d'autres renseignements ou si vous voulez vous rendre sur place, nous pourrons alors organiser une petite rencontre au village !

 

En attendant, quelques documents touristiques téléchargeables en cliquant sur les liens :

 

 

* Vous pouvez aussi télécharger le guide * 

Au Coeur du Sénégal ... le Fouta : informations pratiques

 

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11 avril 2011

 

Bienvenue au Fouta Toro !

Bismillah mon Fuuta Toro !

 

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C’est un territoire dont on parle très peu. Il en est bien fait allusion dans quelques livres d’Histoire Africaine et dans les récits des premiers explorateurs, mais il est très difficile d’en obtenir des informations. Et pourtant, c’est à une Histoire qui a marqué un tournant important pour toute l’Afrique SubSaharienne, à laquelle nous avons affaire. Une terre qui a conservé intact ses mystères et ses secrets les plus anciens, fièrement gardée par ses habitants venus de la lointaine Ethiopie pour nous rappeler les origines de l’Homme … 

 

Cette Terre, c'est le Foûta Tôro, sur une partie du Sénégal appelée la Vallée du Fleuve. S'étendant de Dagana au Nord jusqu'à Bakel à l'Est, en passant par Podor, Ourossogui, Matam et Kanel, c'est toute l'Histoire et la culture d'un Peuple fascinant qui nous fait face. Descendant de la haute noblesse Egyptienne, ces pasteurs Peuls, les Fulbés comme ils s'appellent eux-mêmes, ont migré à travers toute l'Afrique Subsaharienne au gré des vents et des pâturages, toujours fidèles à leurs troupeaux de vaches. Et c'est au Foûta Tôro que leurs vaches trouvèrent les meilleurs pâturages et qu’ils s’y installèrent. Bien plus tard, ils repartiront vers l'Est et cette fois ils n'oublieront pas de transmettre leur culture et leur langue, le Pulaar, à travers une 20aine de pays sur toute la bande Sahélienne du Sénégal jusqu’au Soudan. Au Fouta, ils fondèrent de grands royaumes dont celui du Tékrour ou de nombreuses dynasties se succédèrent. C’est aussi dans cette région que l’Islam Noir est né, les Peuls et les Toucouleurs (les Toucouleurs se nomment eux-même les « Haal Pulaar », c’est à dire « Ceux qui parlent le Pulaar ») étant les premiers à se convertir et à propager la Foi Musulmane dans le reste de l’Afrique de l’Ouest.

 

La route de la vallée du fleuve, à l’image de son nom poétique, est exceptionnelle par son authenticité, sa simplicité et la spiritualité de ses habitants et de son environnement. Les yeux rivés vers l'horizon en direction du fleuve, et c'est la Mauritanie. Un peu plus bas, ce sera le Mali. Le Foûta est un carrefour, un "carrefour des cultures" où cohabite une multitude de Peuples et de croyances. Sur cette route aride et désertique, celui qui s’y aventure risque de découvrir un Sénégal dont il n'a jamais entendu parler … et qui de toute évidence mérite le détour.

 

 

 

Par Dawuda David Dupuy

 

 

 

 

 

Pour une visite du Fouta en images, cliquez ici !

  

* Vous pouvez aussi télécharger le guide * 

Au Coeur du Sénégal ... le Fouta : informations pratiques

 

* Toutes les photos sur le blog ont été prise par David DUPUY (l'auteur du blog) ou des membres de sa famille. Merci de demander l'autorisation pour les utiliser. 

 

 

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* Histoire du Fouta Toro *

 

Selon le Petit Futé « Sénégal 2008-2009 »

 

Ancienne_carte_du_S_n_gal___Fouta_Toro

 

On considère généralement que les premières dynasties remontent à 850, alors sous la suzeraineté de l’empire du Ghana. Aux alentours de l’an 1000, une dynastie Soninké aurait repris le flambeau, ensuite renversée au XIVème siècle par des Mandingues. En 1559 et jusqu’à 1771, commence l’ère Dénianké, un Peuple qui a régné sans partage sur le Fouta et qui forme aujourd’hui encore un noyau important de la population sur les deux rives du fleuve de Bakel jusqu’à Dagana.

 

C’est Koly Tenguela qui a imposé par la force la dynastie Denianké. Les Griots le considèrent comme un des fils de Soundiata Keïta, illustre fondateur de l’empire du Mali, ce qui paraît impossible, puisque quand Koly Tenguela conquiert le Tékrour en 1535, Soundiata est mort depuis longtemps. En fait, depuis 280 ans ! Koly Tenguela serait plus probablement le fils d’un roi Malinké élevé par Tenguela, un guerrier Peul. Envoyé en mission d’éloignement en raison de sa turbulence avec ordre de conquérir le Tékrour, le jeune Koly s’exécuta avec tant d’ardeur que la vallée du fleuve devint sienne. Les troupes de Diawara tombèrent, elles aussi, et finalement Tenguela domina seul tout le Fouta, installant sur le trône une dynastie Peule dirigée par des leaders nommés Satigui. Ses successeurs ne firent régner que terreur et insécurité. Les Dénianké demeuraient animistes, les Musulmans Torobé (Toucouleurs) étant fort peu considérés par les Peuls et n’ayant aucune part dans l’organisation du pouvoir.

 

Les Torobé s’organisèrent sous la direction d’un grand marabout Souleymane Baal de Bôdé (dans le département de Podor). Ce marabout parcourut le Fouta, prêchant partout la parole Sainte avec succès. Sensible à ses sermons, le peuple le soutint jusqu’à Orkadiéré, la capitale de Satigui Soulé Ndiaye II.

Après avoir prié pour l’anéantissement du royaume païen, le marabout se décida finalement à se présenter devant le Satigui, lui assénant un beau discours sur les vertus de l’Islam et l’incommensurable douceur du Paradis d’AllaH. Le Satigui répondit-il charmé ou sur le ton de la plaisanterie ? Les historiens ne s’accordent toujours pas. Toujours est-il qu’il abonda dans le sens du marabout prétendant vouloir se convertir.

Le marabout aurait alors fustigé là quelques centaines d’épouses du Satigui, objectant que tout bon Musulman ne doit avoir que quatre épouses, et autant d’esclaves qu’il le désire. Rapide mais inconscient, devant toutes ses femmes Koliabé (descendante de Koly Tenguela), le Satigui prétendit  que ses moults femmes étaient des esclaves. Que ne dit-il pas ! irrités, vexés, les guerriers Koliabé auraient pris la mouche, et … le départ. Rendant ainsi vulnérable le Royaume Peul.

Le mot de la fin allait être dit par les Kolyabé et surtout les Toucouleurs de Souleymane Baal : en 1771, Souleymane Baal ayant troqué la parole contre les armes, parvient à la tête de l’élément Musulman, auquel s’étaient joints les Kolyabé mécontents, et met en déroute l’armée du Satigui Soulé Boubou. La fin du règne Dénianké incarne l’avènement des Toucouleurs sur les Peuls, et des Musulmans sur les païens. L’Islam fut proclamé religion d’état et le Fouta devint un « Almamyat », une république élective et théocratique.

 

 

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12 avril 2011

 


Voici un article passionnant d'Ibrahima Moctar SARR sur des points très précis de la culture Foutanké. L'auteur aborde en profondeur les traditions des Haal Pulaar dont les sources sur le sujet se font rares. Ce texte est d'une haute valeur pour comprendre la complexité historique et socio-culturelle du Fouta Toro.

Bonne Lecture !


 

*L’Histoire Culturelle du Fuuta - Tooro*

 

Tissage_traditionnel

 

Ne dit-on pas que le vrai haal-pulaar n’émigre jamais définitivement tant qu’il peut, de temps à autre, fredonner un air de léelé le soir, lorsque la pleine lune aux prises avec les nuages taquins, arrose de sa belle clarté la nature. C’est que, comme l’a écrit le poète-historien-chroniqueur, feu Youssouf Guèye :

« Le chant (chœur ou solo) qui s’élève avec les coups de pilon dans la profonde solitude des hameaux de campagne, la note sanglotée d’un «naanooru » dans le calme des pâturages, un couplet qui fuse avec le chant des oiseaux, des débarcadères ensoleillés, c’est toujours (pour le foutanké) une sorte de mystérieuse vague d’émotion, faite d’obscures nostalgies et d’indéfinissables souvenirs qui monte des tréfonds de l’être ».

Le peuple multi-séculaire, que les Blancs ont désigné sous le vocable de Toucouleurs, peut être à cause de la teinture plus ou moins prononcée de sa peau à mesure qu’on va d’un groupe à l’autre de cet ensemble ethno-culturel, a fait de sa mémoire collective un complexe de puissante émotivité et d’un sentiment profond d’être pétri dans le limon nourricier qui charrie les eaux de fleuve.

Le fuuta-Tooro d’aujourd’hui, à cheval sur deux Républiques : la Mauritanie et le Sénégal, portait en fait le nom évocateur de
Niamandiru (Terre d’abondance). Vers le XIème siècle, il devient le Tekrour. Ses premiers occupants étant des Sérères, des Wolofs et des Soninkés dont le métissage avec le groupe peul a donné le type haal-poulaar d’aujourd’hui. La tradition voudrait que ce soit le chef des Manna War Diabi N’Diaye qui islamisa la région après avoir vaincu les Dia ogo. C’est lui qui imposa la langue peule par cette injonction ! Parle pulaar ! Haal pulaar !

L’histoire mouvementée de cette région déchirée par des guerres incessantes, le Tekrour sera annexé par l’empire Soninké du Ghana au XIIème siècle et par celui du Mali (Mandingue) au XVème siècle avant l’empire de Gao. Koli Tenguela réalisera définitivement son unité en 1512 et le pays s’appellera désormais Fuuta-Tooro. Il avait déjà réalisé la symbiose des cultures de toutes ces influences avant d’en réexporter le produit à travers toute l’Afrique de l’Ouest, du Mali au Cameroun et au Nigeria notamment grâce aux expéditions de Ousmane Dem Foodeejo (Ousman Dan Fodio) et Oumarul Fuutiiya (El hadj Oumar).

C’est que les berbères Sanhadjas étaient déjà passés par-là. Le fils de War Diabi aurait même participé à l’expédition des Almoravides. Les conquérants marocains plus tard venus jusqu’aux confins des fleuves Niger et Sénégal avec leurs guerriers hormankoobe, ont renforcé la présence arabe des Béni Hassan dans cette terre déjà islamisée depuis les caravanes transsahariennes à la recherche de l’or et des esclaves. Le paysan poète de la vallée du fleuve Sénégal se familiarise avec les vers somptueux de Antar et Umarul Qaïs de la période de la Jahilia. L’arrivée des Européens constitue le choc culturel le plus violent et le poète pleurera le Tam-Tam crevé, les cordes de la guitare coupée, les feux éteints de la place publique.

C’est alors que les traditions du terroir agressé iront se réfugier dans les dernières chansons initiatiques du fond statique permanent de la littérature castée du Fuuta-Tooro.

Ce pays situé entre le Grand Sahel au Nord et le Ferlo au Sud, se présente comme un îlot de fertilité et d’abondance avec ses cultures saisonnières, sa double récolte annuelle qui favorise une interpénétration des peuples. On peut affirmer avec sa force que la véritable littérature du Fuuta Tooro est née de ce brassage fortement coloré des influences Mandingues au Sud-Est, Berbères et Arabes, au Nord, Wolof et Sérère, à l’Ouest. L’oralité de cette littérature a été jusqu’à récemment, le fondement essentiel, même si grâce à l’Islam, l’écriture arabe a permis d’en codifier certains aspects tout en réorientant systématiquement la production culturelle vers les oeuvres pieuses et contre le paganisme officiel en déroute.

La société haal pulaar est composée de trois grandes catégories :

- Les rimbe (nobles) qui comprend les Peuls, les Toorobbe, les Sebbe, les Subalbe, les Jaawambe.

- Les Neemne (artisans) et artistes laudateurs avec les Maabube (tisserands), les Waylube (forgerons), les Sakkeebe (Cordonniers), les Lawbe (bûcherons), les Wambaabe (guitaristes), les mabube sundu paté, les Awulube (griots).

- Les jiyaabe (esclaves).

Avant l’avènement de la caste des Toorobbe, et surtout après l’institution de l’almimya, la société pulaar avait su maintenir son équilibre en s’appuyant sur la diversité de sa composition sociale. Cette diversité manifestée au niveau des castes était perçue à l’époque en terme d’égale complémentarité. Les rapports entre les différents groupes socio-professionnels étaient beaucoup plus souples que ceux auxquels on assiste aujourd’hui, dans la mesure où le mythe fondateur les renvoie dans l’ensemble aux mêmes ancêtres communs, à la même ascendance.

On ne naissait ni Ceddo, ni peul-berger, ni cubbalo, on le devenait tout simplement selon son tempérament, ses aptitudes et les circonstances – la condition d’esclaves, elle, ne procède d’aucune essence. On devenait esclave à la suite des captivités de guerre. Mais le fait est bien là, les esclaves constituent aujourd’hui une caste au même titre que les autres, importante numériquement bien sûr, dont la descendance continue de porter la condition infériorisée comme une tare génétique.

L’origine hétéroclite et fort récente de la caste torodo qui provient de toutes les autres castes réunies sous la bannière de l’Islam, fait qu’on ne trouve aucune allusion à celle-ci dans le discours du mythe fondateur. Le langage populaire définit ainsi le fuuta : « leydi awoobe e Aynaabe » (le pays des pêcheurs et des pasteurs).

En vérité, toutes ces castes se rattachent, à l’origine, à l’ancêtre commun peulh, lequel, devient bûcheron par-ci, cubbalo (pêcheur) par-là, griot-bambaado par ailleurs, etc. De là s’est codifié tout un mode d’expression littéraire casté sans être exclusif ni hermétique. Chaque groupe prend une fonction dans la gestion du patrimoine culturel commun, étant entendu que cette culture a un rôle, avant tout, fonctionnel, focalisé participant effectivement dans l’organisation de la vie quotidienne des populations. La notion de «  l’Art pour l’Art » n’existait pas en effet dans ces sociétés.

A côté de ces affectations de fonction, il existe un fond commun constitué d’abord par les contes et légendes qui participent de l’éducation de toute la société depuis l’enfance jusqu’à l’âge mûr. Les petits enfants en face de la grand-mère devant le feu de bois, prennent les premières leçons de la vie grâce aux petites histoires des bêtes de brousse. Les adultes, après les durs travaux, se reposent le soir en écoutant les grands poètes et maîtres de la parole raconter les grandes épopées et les légendes des grands hommes qui incarnent le courage, la bonté, la bravoure et l’amour. C’est dans le fond statique permanent qu’on classe aussi certains genres littéraires comme le « leelé » et ses dérivés qui méritent une place de choix.

Le « leelé » est universel en milieu pulaar. Son origine reste inconnue. Certains l’attribue à une origine arabe. Pour eux, le terme même « leelé » vient du mot arabe « Leila » (la nuit). Cette thèse est réfutée par des spécialistes comme feu Boubou Sall de Podor qui affirmait avec force argument que le « leelé » est bien une création locale et que bien avant son grand promoteur, Sidi Chérif de Thilogne, il avait connu beaucoup d’interprètes. Toujours est-il que le « leelé » doit beaucoup au genre « sooraw » qui est une adaptation réussie des poèmes chantés de antar et Umarul Qaïs, les grands poètes arabes de la Jahiliya.

La beauté de la nuit, le charme des rencontres amoureuses, la description voluptueuse de la beauté féminine, les évocations nostalgiques de lieux auxquels va la pensée du poète…Tout cela participe du genre « leelé » et de ses dérivés. De grands artistes ont marqué le « leele », parmi eux feu Samba Joop, Abbullay Ceenel Faal. Aujourd’hui, Aamadou Tammba Joop garde la flamme du renouveau.

Quant aux formes saisonnières qui sont aussi à classer dans le patrimoine commun tout en se distinguant du fond statique permanent, elles sont innombrables et d’inspiration circonstancielle. Elles s’évanouissent en effet avec leurs auteurs et souvent avant eux. Ce sont des œuvres qui tiennent une place marginale car elles procèdent de la création des malankoobe (troubadours de notoriété, artistes solitaires ou groupés au fait de la gloire) qui créent des airs nouveaux inspirés par les chansons des jeunes filles du village qui pilent le mil en cadence ou claquent les mains devant les lutteurs en sueur à la place publique.

Bayal Samba Teen a incarné, vers les années 30, ce genre. Une génération plus récente s’est imposée : il s’agit des Samba Di’iye Sal, Sidi Baylel Caam, Birome Njaay, Aali Hammadi Aali, etc. de nos jours, se sont les musiciens modernes dirigés par le leader Baaba Maal qui perpétuent le genre en le modernisant, tout en intégrant les autres formes littéraires du Fuuta et d’ailleurs. Citons, entre autres : Ousman Hammadi Joop, Ngaari Law (qui se veut l’héritier de Bayal Sammba Teen), Demba Jah, Accaa Wele, Abuu Jubaa Deh, etc.

La littérature castée se retrouve essentiellement dans le fond statique permanent qui est composé du Pekaan, le chant des Subalbe (pêcheurs), le Gummbalaa, chant de Sebbe (guerriers), le Dillere des Maabube (tisserands) de métier et de tradition.

Sammba Dooru Maabo et Umar Gafo ont été les grands interprètes du Dilleré. Les tisserands constituent un groupe très attaché aux « sciences occultes » lesquelles sont intimement liées à l’apprentissage du métier. Les artisans manient leurs instruments et les formules magiques avec la promptitude du pêcheur ou du guerrier apprêtant ses armes. Le chanteur de Dillére inspiré et doué rend compte de ce duel permanent entre le tisserand et son métier en y mettant tous les ingrédients généalogiques où les cousins, forgerons, cordonniers et bûcherons se retrouvent dans une lointaine filiation.

La fonction spécifique et les influences extérieures :

- Le pekaan des subalbe (pêcheurs)

Le pekaan est sans contexte l’un des éléments les plus populaires de la littérature pulaar en Afrique occidentale. Composé de longs poèmes et des passages incantatoires pratiquement inintelligibles, récités par les seuls initiés, le Pekaan aurait une origine ésotérique. Pour les populations du bord du fleuve, le mystère des eaux et le caractère troublant de quelques phénomènes fluviaux, comme l’apparition de certains « être surnaturels » ou de bêtes inconnues, ne peuvent trouver qu’une explication métaphysique. Jom Maayo, « Caamaaba », Munu Maaya, sont des divinités maîtresses des eaux dont il faut implorer le soutien pour que la pêche soit bonne ou pour vaincre le Ngabu (hippopotame) ou le Ngary Maayo (Caïman) à l’occasion de duels meurtriers.

L’examen minutieux des incantations révèle une forte présence de la langue sérère et wolof. Ce qui confirme la parenté génétique des pêcheurs du Fuuta avec ces groupes ethniques qui se trouve matérialisée par les mêmes noms : Guèye, Gaye, Sarr, Diop, etc. Guellaay Ali Faal a attaché son nom au Pekaan.

- Le gummbalaa des Sebbe

Le Gummbalaa est le chant de guerre des Sebbe : il jouera le même rôle que Vaghou chez les Maures. On l’appelle aussi « Kontimpaaji » ou jimdi peyya yiiyam (chant du sang). Il se rattache historiquement au Bawdi Alamari : (les tam-tams royaux de l’ère des satiguis peulhs Deniyanke). C’est la littérature héroïque, avec des poèmes épiques bellicistes. C’est le mépris de la mort et de la douleur qui est magnifié, c’est l’hymne à la bravoure et à toutes les formes de courages.

Les thèmes sont variés. Des chansons de geste dédiées à Samba Gelaajo Jeegi, l’évocation historique des conquêtes de Koli Tengela, descriptions surréalistes de chants de bataille (Bilbassi). Là aussi, parfois d’un vocabulaire inintelligent et qui s’apparente beaucoup au Soninké et au Bambara, accrédite la thèse de l’influence mandingue dans cette forme littéraire qui se serait développée avec les conquêtes de Koli Tengela. Si le Gummbala est attribué aux Sebbe, il appartient également aux Peulhs, les Sebbe étant en fait des guerriers attachés aux dynasties peuls denianké.

A signaler également que les Sebbe eux-mêmes ont des laudateurs issus de la caste des lawbé (bûcherons) qui sont les lawbé gummbalaa (bûcherons chanteurs de gummbalaa). Le rayonnement culturel de l’empire du Mali s’étend sur toute la Sénégambie, la Guinée et même la Mauritanie du Nord-Est. Les influences musicales (instruments et airs musicaux) du Mali sur les tribus Oulad Mbareck ont donné la forme définitive du Howl maure. Les mêmes airs de guitare se jouent partout de la même façon à Néma, Bamako, Dakar et Conakry.

- Les Beytis ou les formes islamiques

Une nouvelle expression littéraire est née avec l’islamisation du Fuuta. Les beytis et bourdis sont des poèmes religieux sermonnaires, chantés en général par les « almaddas » à la gloire de l’Islam, du prophète Mohamed (Sas) ou des grands saints, en particulier Cheikh Ahmed Tidjane et El haj Oumar Tall. Le Guiri est une forme ancienne qui inspire aujourd’hui les almoubbe Ngay (sorte d’étudiants finissants qui composent des poèmes en l’honneur de leurs professeurs à l’occasion de la remise des diplômes).

Les poèmes de Thierno Abdourahmane de Banadji dit « Thierno Boy » sont très célèbres. Niokkane Djiby Selli est aujourd’hui un de ses élèves les plus en vue. Mohamadou Ali Caan est un écrivain prolixe. Sa Gacida sur El Haj Oumar comporte plus de neuf mille vers ! Cette littérature religieuse orale ou écrite était le fait de certains éléments fortement islamisés et pour l’essentiel appartenant à la caste Torodo, même si elle est de fait un patrimoine commun à toutes les castes.

La forme poétique est empruntée à l’arabe et à sa versification. Elle va jusqu’à la traduction littérale de textes arabes anciens réadaptés au contexte des haal pulaaren. L’empreinte de l’Islam sur la société pulaar est en fait tellement accomplie que le mode de penser lui-même a fait sien les canons de la logique dogmatique enseignée par les saintes écritures.

- Le fantang des Peuls bergers

Il semble bien que le premier air transcrit en note sonore d’une guitare serait le Fantang. C’est le chant d’un oiseau sur une branche qui inspira le guitariste du Saygalaare. Notes épiques où les épopées les plus célèbres de Aamadu Sam Poulel, Umarel Sawa Donde, Yero Maama, côtoient l’évocation langoureuse de l’éternelle errance des maîtres de troupeaux devenus ça et là des propriétaires terriens ou des guerriers redoutables fondateurs de dynasties. Sammba Taba Kali, est un Maabo Soudu Paté qui a magnifié le Fantang. Certaines formes dérivées du Fantang, et qui s’apparentent à des formes saisonnières, ont connu de grands moments dans la littérature peulh. Le Bodial, entre autres, a été incarné par Mamadou Fatel Bâ.

- Le Kéroode, ou Kéronde, est attribué aux chasseurs. Or, il n’existe pas aujourd’hui de castes de chasseurs à proprement parler. Cette caste aurait-elle existé ? La question reste posée. Il n’en demeure pas moins que certains groupes socio-professionnels s’y adonnent en particulier, notamment ceux qui sont en rapport avec la faune et pratiquent la chasse pour se nourrir ou pour se défendre contre les fauves. Il est fréquent de voir des villages entiers se mobiliser pour organiser des battues en vue d’éradiquer le fléau constitué par les bêtes sauvages qui dévastent les cultures et le bétail errant.
Certaines familles se spécialisent alors dans la conservation des incantations (formes magiques) et du cri de guerre ou Kerrode qui galvanise le chasseur et est censé le rendre invulnérable.

- Le Naale des Jiyabe (esclaves)

Se sentant rejetés dans l’expression littéraire des autres castes, les esclaves ont créé leur propre forme littéraire : le Naale. Au départ, cette littérature ne concernait que les éléments de la caste. Des poèmes, d’une extrême liberté, qui participe d’une forme de littérature corrosive destinée à corriger les travers de la société qui sont la paresse, l’égoïsme, l’avarice, etc. Tant que le Naale en restait là, il était normal aux yeux des autres castes.

Mais dès qu’il commença à devenir révolutionnaire, en s’attaquant au fondement même de la société castée, il était devenu un scandale. Pour mettre fin à cette tendance, les défenseurs de l’Islam, les marabouts décrétèrent que le Naale est un péché de même que l’utilisation du petit tam-tam qui l’accompagne.

 

Il y a également les castes qui sont investies de mission en faveur d’autres castes ou de toute la communauté dans son ensemble. C’est le cas des griots laudateurs maîtres du Yélaa, les Lenngui et bawdi-alamari, celui des griots guitaristes. Les Lawbe (bûcherons) sont parfois des laudateurs de Sebbe (guerriers). Ce sont les Lawbe-Gummbala. Nous avons vu les bûcherons laudateurs des Peulhs que sont les Maabube Suudu Paté. Il faut également citer les tisserands laudateurs des Jawambe (caste dite des courtisans), les Mabube-Jawambe, à ne pas confondre avec les Mabube tisserands qui ont le Dillere comme fonction littéraire spécifique.

Dans l’affectation des fonctions littéraires, il faut noter qu’il existe des passerelles très fortes entre certains groupes comme par exemple, nous l’avons vu, les cordonniers, les bijoutiers, les bûcherons, les tisserands, les griots, guitaristes, mais aussi entre les Subalbe pêcheurs et les Peulhs bergers (les Diao dalli) et entre les Subalbe et les Sebbe guerriers (les mariages sont fréquents entre ces deux castes).

 

 

Par : Ibrahima Moctar Sarr

 

 

 

Bibliographie

 

Youssouf Guèye : Aspects de la littérature Pulaar en Afrique Occidentale. Essais. Sakho Mamadou Dickall : La place des beyti dans la littérature Pulaar. Mémoire de fin d’études. ENS de Nouakchott. Bâ Moussa : L’éthique Pulaar dans la poésie du Alhajji Banal. Mémoire de maîtrise, ENS de Nouakchott. Bâ Mohamed Daha : le Naale d’hier et d’aujourd’hui. Mémoire de fin d’études, ENS Nouakchott. Amadou Abel Sy : La geste Tiédo. Thèse de doctorat de 3ème cycle, Dakar, 1980. Yaya Wane : les Toucouleurs du Fuuta Toro. IFAN, Dakar

 

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Festival Bamtaaré Lawré Gawdé Bofé

 

Traditions et Culture Haal Pulaar

 

 

Affiche_Festival_Bamtaar__Lawr__Gawd__Bof_____dition_2010

 

 

 

 

La Genèse du Festival …

 

Le village de Gawdé Bofé se situe dans la région de Matam, le département de Kanel et la communauté rurale de Bokeladji. C’est l’un des plus ancien village du département qui compte aujourd’hui environ 700 habitants. Du fait de son histoire, Gawdé Bofé est un point central ou les nombreux autres villages viennent se soigner, s’éduquer et chercher de l’eau. Autrefois, le village possédait des tambours traditionnels et organisait parfois des cérémonies mais les traditions se perdent et s’oublient et dorénavant plus aucune animation culturelle n’a lieu dans le village.

 

 

Village_de_Gawd__Bof____D_partement_de_Kanel___R_gion_de_Matam___Fouta

 

 

Le Projet …

 

 

Après qu’une délégation des villages de Gawdé Bofé et Gawdé Wambabé se soit rendue au festival « les Blues du Fleuve » de Podor en décembre 2009, les associations des 2 villages décident d’organiser 3 journées culturelles le 24, 25 et 26 Avril 2010 avec des activités touchant à tous les aspects de la culture, et en particulier l’éducation, la santé, l’environnement, l’artisanat, le sport et la musique.

Des ateliers de formation, du théâtre avec les élèves de l’école, des soirées musicales traditionnelles, des tournois sportifs, des défilés, une exposition artisanale ainsi qu’une grande matinée santé sont alors envisagés. David Dupuy, jeune français, et Abù Ndiadé, président de l’association des jeunes du village, prennent le projet en main et parcourent la route de la Vallée du Fleuve pour trouver du soutien auprès des ONG, des autorités et des particuliers. De nombreuses réunions et discussions plus tard, ainsi que de nombreux kilomètres parcourus, et malgré le manque de moyens, le festival a bien lieu aux dates annoncées et connaît un grand succès dans le département.

 

« Ce projet est un véritable défi dans un environnement isolé et désertique, les festivals au Sénégal et en particulier dans la région du Fouta ayant souvent lieu au bord du fleuve et dans les plus grandes villes. Le but recherché était ainsi de toucher les populations les plus exclus et les plus isolés afin de mettre la culture à leur portée et les mobiliser autour d’un objectif commun. »

David Dupuy, organisateur du festival.

 

 

Les Objectifs …

 

 

- Dynamiser le village en faisant participer l’ensemble des acteurs et associations villageoises

- Mobiliser l’ensemble du Lawré (nom traditionnel de la zone) autour d’un projet commun

- Faire venir les ONG et les artistes en vue d’un développement économique, social et culturel

- Sensibiliser et former les populations villageoises en matière de santé, d’éducation, d’environnement et d’artisanat

- Contribuer à la valorisation de la culture Haal Pulaar et la rendre accessible dans les zones les plus isolées

 

 

 

 

 

Comité d’Organisation du Festival Bamtaaré Lawré Gawdé

Région de Matam, Département de Kanel, CR de Bokiladji

Village de Gawdé Bofé

(00.221) 77.390.05.46 / 06.82.46.53.40

Festivalbamtaarelawregawde@laposte.net

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Nous vous remercions,

 On Jaraama,

  

 

 

C_r_monie_de_Cl_ture___les_Femmes_Matub_s_de_Gawd__Bof____Avril_2010

 

 

 Lettre_de_Remerciement à nos_Partenaires_et_Amis - à télécharger

 

 

 

 

Le comité d’organisation du Festival Bamtaaré Gawdé ainsi que l’ensemble des associations villageoises des villages de Gawdé Bofé et Gawdé Wambabé vous adresse ses plus sincères remerciements pour nous avoir soutenu financièrement et/ou moralement dans cette aventure.

 

Ce festival nous aura tous surpris par son ampleur et sa médiatisation. Les invités ont été au rendez-vous et nous avons pu accueillir :

 

- les autorités administratives : le Sous-préfet d’Orkadiéré, le Consul de France de Kanel, le Président de la Chambre de Commerce de Matam et président de l’association des pharmaciens du Sénégal, le Président du Tribunal départemental de Kanel ainsi que le Président de la Communauté Rurale de Bokiladji,

 

- les ONG : la Whepsa, Tostan, Eden Bakel, Sida Service, et des infirmiers du district sanitaire de Kanel.

 

- les artistes : avec une délégation de Podor composée de chanteurs traditionnels (Pékan et Hodu) et d’artistes en Batik et poterie,  des groupes de percussions, des danseurs, des Griots Wambabés, des poètes, des acteurs de théâtre, et bien d’autres..

 

De plus, ce sont les délégations de 38 villages de la Région de Matam qui ont pu être représenté durant les 3 jours du festival. Un journaliste de la RFM Bakel était présent et a pu faire des prises de son ce qui a permis une bonne médiatisation dans toute la région. Nous avons aussi eu écho que quelques images seraient passées à la télévision Sénégalaise Walf TV ??

 

Nous vous signalons aussi que le festival a eu un grand retentissement dans tout le Sénégal, si bien que le Ministère de la Culture du Sénégal nous a accordé une subvention de 763 euros (soit 500.000 cfa) et qu’il a accepté une rencontre par l’intermédiaire de son conseiller à Dakar (Monsieur Amadou Miniel DAFF). Il a donc reçu Abù Ndiadé, président de l’association Bamtaaré Gawdé Bofé, et David Dupuy, initiateur du festival, et leur a affirmé faire tout son possible pour inscrire le festival dans l’agenda annuel de son Ministère.

 

Gawdé Bofé est un petit village isolé dans la région du Fouta au Sénégal. Il n’y a pas d’électricité, ni de routes, l’eau est difficile d’accès et la chaleur est intense en Avril. Réaliser un festival traditionnel dans les conditions actuelles était un véritable défi que nous avons su relever grâce à votre soutien.

Les festivités se sont déroulées sans incident et l’émotion était au rendez-vous car un tel événement n’avais jamais eu lieu dans la sous-région du Lawré, beaucoup on rit et beaucoup ont pleuré de joie à la vue de certaines traditions qui depuis 15 ou 20 ans étaient laissées dans l’oubli.

 

Face à un tel engouement, et pour répondre à la question que de nombreuses personnes nous posent déjà : « et l’année prochaine ? », nous décidons de créer une association au Sénégal à Gawdé Bofé uniquement consacrée à l’organisation du festival, en espérant que celui-ci ait lieu chaque année si les moyens le permettent.

 

Une adresse mail a été créé et un site Internet est en construction. En attendant, vous trouverez ci-joint quelques photos pour vous donner un aperçu du festival, que vous pouvez bien-sur diffuser à votre guise. Ceux qui le souhaitent peuvent nous contacter à l’adresse mail ci-dessous pour recevoir le bilan complet du festival au format PDF. 

 

Nous vous remercions encore chaleureusement pour votre soutien, et nous vous accueillons au village en 2012 pour la 2ème édition du Festival Bamtaaré Lawré Gawdé !!

 

 

 

« Seul le Peul Sait d’ou il Vient »

Proverbe Bambara

 

 

Comité d’Organisation du Festival Bamtaaré Lawré Gawdé

(00.221).77.390.05.46 / 06.82.46.53.40

festivalbamtaarelawregawde@laposte.net

 



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