* Les sakkeebe (sing. sakke)*

 

 

Le travail de Coumba Touré, une Femme Sakké

Coumba Touré, une Femme Sakké

 

A l'instar de la précédente caste des wayilb, les tanneurs de peaux et travailleurs du cuir se partagent entre deux sous-castes, chacune d'elles correspondant à une spécialisation professionnelle.

Les savetiers (sakkeeb wodeb ; sing. bodejo) forment la première sous-caste, et répondent aux patronymes de : 

 

o                                Beey

o                                Gaako

o                                Soh

o                                Sy

o                                Tagurla

                  Tuure

 

L'on attribue couramment aux savetiers une ascendance peul, l'ancêtre légendaire de la sous-caste étant un riche propriétaire peul, du nom de JaaJe Hammadi Sali Gaako, qui occupait ses loisirs à fabriquer les sandales destinées aux bergers de ses nombreux troupeaux.

Ultérieurement d'autres clans, par conséquent d'autres patronymes vinrent grossir les rangs de cette sous-caste de savetiers.


Quant aux cordonniers (sakkeebe alawbe ; sing. gaalabbo), ils sont reconnaissables aux patronymes de :

 

o                               

o                                Caam

o                                Darame

o                                Jaawara

o                                Juwaar

o                                Kalooga

o                                Mboh

o                                Njaay

                 Simakha

  

 

Selon l'auteur précédent, les fondateurs de la sous-caste des cordonniers appartenaient au clan des Darame, et c'est la raison pour laquelle ce clan détient le titre de foosiri, porté par le doyen ou chef politique de l'ensemble des sakkeebe.

Quoi qu'il en soit, si l'on s'en tient strictement à la consonance des patronymes, les cordonniers sont manifestement d'origine sarakolle, à l'exception des Caam, Mboh et Njaay. Ces derniers appartiennent à la caste des forgerons et bijoutiers (wayilbe), lesquels échangent couramment des femmes avec les savetiers et cordonniers. Or, il n'est pas rare que les enfants issus d'alliances matrimoniales entre castes différentes s'intègrent au clan maternel, et en apprennent le métier en raison de la disparition prématurée du père. Professionnellement pour ainsi dire la caste maternelle est substituée à celle du père, ce qui entraîne un transfert probablement définitif de l'individu et de sa descendance. 

Le sakke bodeejo et le sakke gaalabbo ont apparemment un dénominateur commun, qui est d'être socialement dépréciés en raison de leur profession réputée avilissante. Celle-ci suppose, en effet, une manipulation de peaux (cawgu) en état de décomposition avancée. Le tannage artisanal comme le travail de cordonnerie exigent l'intervention de tous les moyens de préhension dont dispose l'artisan, pour tendre la peau et découper le cuir. Le sakke usera donc tout naturellement de ses dents, en outre des pieds et des mains. Telle est la raison de l'expression méprisante, directement allusive à la condition sociale des sakkeebe, à savoir nGatoowo cawgu, ou « personne mordant dans les peaux ».

 

Toutefois, cette commune dépréciation sociale du métier de peaussier et travailleur du cuir masque une réelle altérité entre les deux sous-castes. En fait, entre le bodeejo et le gaalabbo, il existerait un clivage effectif, moins dans la spécialisation qui varie avec la demande, que dans la supériorité du second relativement au premier. Les sakkeebe alawbe (cordonniers) se doubleraient le plus souvent de magiciens accomplis, d'où la crainte normalement inspirée aux sakkeebe wodeebe (savetiers), qui sembleraient au demeurant leur reconnaître une véritable position aristocratique sur l'ensemble de la caste des peaussiers et travailleurs du cuir.

  

Le Travail des Sakkebbe

Le Travail des Sakkebe