* Les wayilbe (sing. baylo) *

 

 

Samba Baylo

Samba Baylo

 

Le nom de cette caste définirait en même temps le métier correspondant, c'est-à-dire la transformation (waylude) du métal brut en objets utilitaires. Alors que les métaux non précieux, notamment le fer, ressortissent à la compétence des forgerons (wayilbe Baleebe), l'or et l'argent relèvent du travail des bijoutiers (wayilbe sayakoobe). Mais, ce clivage entre bijoutier et forgeron semble aujourd'hui plus apparent que réel, dans la mesure où le second peut se reconvertir définitivement ou provisoirement en orfèvre, d'autant plus volontiers que la demande est supérieure en matière de bijoux d'ornement qu'en instruments aratoires et culinaires.

En outre, mis à part les patronymes Sy et Masina, qui appartiendraient exclusivement au bijoutier (baylo caayako), celui-ci sera susceptible de porter, comme son homologue forgeron (baylo Baleejo), n'importe lequel des patronymes de la caste globale des wayilbe, à savoir :

 

·                                 Caam

·                                 Dokhonce

·                                 Faal, Feen

·                                 Galo, Geet, Gey

·                                 Jankha, Jaw, Joop

·                                 Kante, Konte

·                                 Laam

·                                 Maar, Mbaay, Mboh

·                                 Njaay

·                                 Peen

·                                 Sawajaari, Soggo, Sylla           

                  Tuure

·                                

 

Les Mboh seraient les plus anciens éléments de la caste des wayilbe, à laquelle les Caam fournissent habituellement un farba, ou doyen. Quant aux autres patronymes, il semblerait plutôt qu'ils soient d'origine sarakolle (Dokhonce, Jankha, Sawajaari, Soggo) et wolof (Faal, Sylla). La thèse qui donne l'antériorité aux Mboh s'appuie généralement sur le secret dont ils auraient été les détenteurs uniques, quant au procédé d'extraction du fer. A l'époque lointaine où ce métal était plutôt rare et sa récupération encore inconnue, le seul clan des Mboh savait trouver la pyrite, et « fabriquer » le fer à partir du minerai. Un feu ardent, dans un grand trou, tenait lieu de haut-fourneau et séparait le métal d'avec la gangue.
L'extraction du métal comme la fabrication de l'enclume (taande) correspondaient chez les wayilbe à des cérémonies fort importantes, étant assimilables d'une certaine manière à des rites d'entrée' dans la caste. C'est ainsi que le jeune initié à l'intention de qui était fabriquée une nouvelle enclume — attribut individuel du métier — devait marquer l'événement par un festin, et procéder à une notable destruction de biens, afin de placer sous des auspices favorables son entrée dans la carrière, quelle qu'en fût par ailleurs la spécialité choisie, à savoir forge ou bijouterie.
 

Pour ce qui a trait à la signification sociale de la caste des wayilbe, il apparaît qu'aucune nuance n'est faite entre forgeron et bijoutier. Au contraire, que ce soit Baleejo ou caayako, les wayilbe sont communément saisis comme maléfiques et dangereux.

 

Tout d'abord, la croyance est fermement établie que ce qui est originaire des wayilbe — les objets de leur fabrication exclus — ne saurait croître, ni prospérer. C'est la raison pour laquelle le non baylo acceptera rarement le cadeau d'un baylo, et ne s'avisera pas de lui acheter autre chose que le produit de son métier. Autrement, ce serait s'exposer dangereusement au maléfice : non seulement ce qui est obtenu du baylo est frappé de stérilité et condamné à mort, mais le donataire ou l'acquéreur verra encore ses déboires se poursuivre sans limite.

Plus graves apparaissent les conséquences du contact effectif avec un membre de la caste des wayilbe. De ce point de vue, il existe une véritable répulsion sociale à l'égard des wayilbe, qui sont pratiquement assimilés à des intouchables. En effet, le baylo ne sera jamais invité à s'asseoir sur une natte de couchage, et quand de son propre chef il y prend place, il est de règle après son départ de purifier par l'eau ce qui a été souillé par son contact. De la même manière, l'on ne mettra ses pas dans les pas d'un baylo que si cette purification a été préalablement effectuée. Certaines personnes, au rigorisme intransigeant, n'hésiteront pas à renoncer définitivement à tel objet ou vêtement que le baylo aura seulement touché, même sans en avoir usé le moins du monde.


Est-ce pour ce motif que la place habituelle du baylo (jonnde baylo) ne lui est jamais disputée par quiconque, tandis que l'expression même de jonnde baylo servira généralement pour définir la propriété absolue et incontestable de telle personne déterminée ?

 

En définitive, par-delà l'utilité économique du baylo, il apparaît plutôt une impureté congénitale de l'homme, encore qu'il soit le circonciseur, à savoir un purificateur rituel : d'où son statut ambigu d'une certaine manière. En tout cas, J'explication de l'impureté du baylo est passablement controversée. Aux termes de la légende, les wayilb subiraient la malédiction de Jacob, que leur ancêtre aurait trahi en lui vendant du fer pour de l'or. Selon une autre opinion, l'impureté des wayilb procéderait plus simplement de leur commerce permanent avec le feu: or, si le feu détient le pouvoir culinaire, il est également évocateur de l'Enfer et de la carbonisation littérale du pécheur. Peut-être, le baylo est-il dangereux dans la mesure où il vit du feu, dont il tire l'essentiel de ses ressources, ce qui l'assimile d'une certaine manière aux puissances infernales...

 

 Le Travail du Baylo

Le Travail du Baylo