* Les maabube (sing. maabo) *

 

 

Les Mabobé du village de Gawdé Bofé - Les Potieres 

Les Maabube de Gawde Bofe et leur travail

 

 

Les maabube ou tisserands sont les nyeenybe spécialisés dans la technique du vêtement. Le métier à tisser (canyirgal) leur serait venu des eaux par l'intermédiaire des subalbe, mais la légende ne précise pas pourquoi les premiers donataires n'ont pas jugé utile de tirer directement profit de l'instrument...


Quoi qu'il en soit, il convient tout d'abord de noter que le tisserand quelconque n'appartient pas obligatoirement à la caste des maabube, le tissage étant susceptible d'être appris et transmis par des non maabube. Tel est bien le cas des maccube (esclaves), si souvent spécialisés dans le tissage qu'ils finissent par ne plus exercer d'autre activité. Ils demeurent toutefois dans leur caste servile, et sont soigneusement distingués des maabube, car ils sont appelés maccube-sanyoobe ou esclaves-tisserands.


La raison de cette distinction est au reste fournie par la caste des maabube, dans la mesure où le terme même de maabo n'est pas toujours synonyme de tisserand. En réalité, la caste générale des maabube est formée de trois sous-castes, qui sont fort différentes quant à leur rôle respectif: d'une part, l'on aura affaire aux tisserands de stricte tradition (maabube-sanyoobe), d'autre part, aux chanteurs et laudateurs spécialisés dans la généalogie des jaawambe (maabube jaawambe), ou dans celle des Peul (maabube suudu Paate), si ce n'est quelquefois dans celle des subalbe.


Apparemment, à tout le moins ces éléments constitutifs de la caste générale des maabube ne se confondent pas. Les chanteurs ignorent à peu près complètement le tissage, qu'ils n'apprennent pratiquement jamais. Ils sont exclusivement adonnés à la manifestation de leur talent de société, soit comme griots d'une certaine espèce, soit encore comme artistes chanteurs, chargés à ce titre d'animer les réjouissances organisées par les maabube (dillere), ou plus rarement par les subalbe (pekaan).


En ce qui concerne les tisserands — dont le doyen est honoré du titre de jarno — ils ignorent tout ce qui n'est pas tissage des bandes de coton pour la confection des vêtements, et surtout des pagnes féminins. Sans doute, nulle amélioration n'est venue modifier la vieille technique ancestrale, faite d'une synchronisation déroutante entre les pieds qui pédalent, pour mouvoir le fil de chaîne, et les mains qui se transmettent prestement la navette, pour introduire un fil de trame, tout aussitôt tassé au moyen du peigne-balancier. Le résultat est d'autant plus remarquable qu'il s'agit des textiles industriels naturels ou synthétiques : la bande du tisserand possède une finition assimilable au travail perfectionné d'usine, jusque et y compris dans ses motifs géométriques comme figuratifs.


Alors que la caste des maabube admet trois sous-castes, qui se réduisent en fait à deux variétés pour ce qui concerne le rôle social, à savoir les tisserands et les chanteurs, en revanche la patronymie est identique ; qu'il tisse ou qu'il chante le maabo portera indifféremment l'un ou l'autre des patronymes :

 

 

o                                Gise

o                                Jong

o                                Kase

o                                Keneme

o                                Kiide

o                                Kume

o                                Kundul

o                                Pume

o                                Sangoot

o                                Saare



 

Tels sont les dix patronymes spécifiquement maabo, auxquels d'autres sont venus s'ajouter comme :

 

 

o                                Daabo

o                                Ja

o                                Mbaay

o                                Njaay

o                                Sokomo

o                                Sy

 

Mais, il s'agit vraisemblablement d'étrangers à la caste, et qui l'ont postérieurement intégrée, en ce sens qu'ils adoptaient le métier de tisserand, par la suite transmis à leur descendance. C'est, notamment, le cas de maints maccube (esclaves), tandis que l'on considère généralement les maabube porteurs des patronymes Ja et Mbaay comme étant d'origine peul.

 

Sénégal - Décembre à Mai 2010 1716

Les Poteries des Maabubé