Kanel *

 

 

 

" Tielol et Lao : Jaawambé et Toroobé " 

 

 

 

Ville_de_Kanel

Vue sur la ville de Kanel

 

 

Autrefois l’on parlait de Kanel comme l’un des nombreux petits villages qui jalonnaient la piste Saint-Louis – Bakel, le long du Fleuve Sénégal. Aujourd’hui, Kanel a pris sa revanche. Situé à plus de 500 km de Saint Louis et à 30 km de Matam et Ourossogui, la ville de Kanel est  érigée en commune en 1996. C’est en 2002, avec l’érection de l’ancien département de Matam en région, que la commune de Kanel est devenue la capitale départementale du Damga. Elle s’étend sur une superficie de 9 km², limitée au nord par le fleuve Sénégal, au sud par la région de Tambacounda

Le site est celui de la plupart des villages du Diéri, point trop éloigné du lit majeur du Sénégal, mais suffisamment pour être à l’abri des plus fortes inondations : les dernières maisons du village se trouvent à moins de 500 mètres des premiers champs du Walo ; elles en sont séparées par une zone abandonnée à la végétation arbustive et buissonnante en direction du Sud-Est . Le village s’adosse au Diéri auquel on passe progressivement après avoir traversé les terrains de parcours du bétail.

 

Concession_de_Kanel___Quartier_Lao

Concession dans le quartier Lao - Kanel

 

 

Kanel, comme la majorité des villes Africaines a beaucoup évolué et a implosé démographiquement. Selon le recensement fiscal de 1961, Kane1 comptait 2974 habitants répartis en deux quartiers, distincts sur le terrain comme dans la réalité sociale : Lao et Thielol. Les chiffres officiels donnaient à Lao 1514 habitants dont 758 hommes et 756 femmes, et 1460 à Thiélol dont 748 hommes et 712 femmes. Au recensement de 2002, Kanel comptait 8 997 habitants, 501 concessions et 849 ménages. Fin 2007, selon les estimations officielles, la population s'élèverait à 11 161 personnes.

 

 

Le village a été fondé vers le XVème siècle par un Peul nommé Diakess. Il n'a pas laissé de descendance. Thierno Sidiky Daff, un Jaawamdo, arrivera peu après et trouvera les Peuls à Kanel. Il fondera le premier quartier de la ville : Thielol, qui aujourd’hui encore, est peuplé de Jaawambé. A l’époque, il y avait 8 concessions à Kanel.

Arriveront ensuite les Toroobé dirigés par Tafsirou Amadou Hamat. Ils occuperont la zone périphérique et fonderont le deuxième quartier de la ville : Lao.

 

 

Apprentissage_du_Coran___Kanel

Apprentissage du Coran - Quartier Tielol - Kanel 

 

 

Les habitants de Kanel se répartissent en un certain nombre de castes rigoureusement hiérarchisées : castes des hommes libres et castes inférieures.

Tout en haut de I'échelle sociale des hommes libres se situent les torrobés (singulier torrodo), la caste noble, la caste maraboutique. Ils représentent la majeure partie de la population de Lao.

Toujours parmi les hommes libres, mais d'un statut inférieur, sont les diawanbés (singulier diawando), anciens courtisans des Almamys, les souverains traditionnels du Fouta. Comme les torrobés, ils sont voués au travail noble de la terre. Les diawanbés représentent la majeure partie de la population de Thiélol.

Chacune de ces castes voit la prééminence de deux lignages, celui des Daff et celui des Wane, dont les membres sont les héritiers des deux chefs de clan : Tierno Seddik pour les Daff, et Tafsirou Hamat pour les Wane. Ces deux chefs fondèrent Thiélol et Lao, à dix années d'intervalle, au XVIII éme siècle, sous le règne du Salitigi Souley N' Diaye.

Les castes inférieures comprennent des captifs et des artisans. Torrobés et diawanbés ont leurs captifs, les mathioubés (singulier mathioudo). Mais il faut distinguer, depuis 1945, parmi ces 600 captifs, les serviteurs émancipés des serviteurs non émancipés : ceux-ci auxquels leur maître doit assurer la subsistance, ont un statut variable selon les cas, mais ils sont astreints en principe à un jour de travail par semaine et doivent rendre les services demandés; ceux-là sont chefs de carré (ils paient l’impôt au chef de village), sont dégagés de toutes leurs obligations antérieures, mais perdent le droit à toute assistance; en outre, le préjugé de caste leur reste attaché.

Au milieu de l’échelle sociale se situent les castes artisanales : forgerons et bijoutiers, tisserands, cordonniers, bûcherons, une centaine d’individus en tout. Seuls les premiers, qui forgent le fer de la daba (la houe) et fabriquent quelques bijoux d’or et d’argent, ont une activité notable. Celle des autres, concurrencée par la vente des fabrications importées (cotonnades, sandales), est en pleine décadence.

Les griots, qui gagnent bien leur vie à chanter les louanges des torrobés et des diawanbés, ne font pratiquement rien d’autre.

 

 

 Mosqu_e_de_Thierno_Bassoum___Ville_de_Kanel

 

 Mosquée de Thierno Bassoum - Kanel