* L’Almaami Abdul Kader Kane *

 

Abdul_Kader_Kane

Le premier Roi, Almamy, du Futa-Toro

 

Abdoul Kader Kane (ou Abdul Qadir Kan) est un chef religieux et un conquérant, le premier Almamy du Fouta-Toro, un ancien royaume de la vallée du fleuve Sénégal, qu'il dirigea de 1776 à sa mort en 1807.

En 1776, aux côtés de Souleymane Baal, Abdoul Kader Kane renverse la dynastie Denyanke, créée par Koli Tenguella.

Il succède à Souleymane Baal à la mort de celui-ci et accède au titre d'Almamy, avec le vote de la population du Fouta-Toro. Abdoul Kader Kane, Toucouleur de caste torodo, est connu pour ses nombreux djihads, menés dans plusieurs royaumes au Sénégal, malgré ses multiples défaites. La plus célèbre lui fut infligée en 1786 par le damel du Cayor, Amari Ndella Coumba Fall, le souverain Tiedo d'un royaume très peu islamisé. Son échec fut tel qu'il perdit même sa crédibilité auprès du peuple du Fouta-Toro pendant un moment. Il conduisit également de nombreuses expéditions militaires contre le Boundou, un royaume toucouleur, et contre les Maurestrarza, là où Souleymane Baal trouva la mort. Il a beaucoup contribué à l'installation du régime torodo et il est connu pour ses réformes et la politique sociale et économique initiée par Souleymane Baal. Beaucoup le considèrent comme le premier Almamy du Fouta-Toro.

Abdoul Kader Kane connut beaucoup de désaccords avec la ville de Saint-Louis, où résidaient de nombreux commerçants européens, car il voulait que celle-ci cesse la pratique de l'esclavage. Il voulait aussi que les bateaux et leurs marchandises, ainsi que leur produits traversant son État par le fleuve, en provenance de Saint-Louis, soient fouillés systématiquement.

Il est assassiné le 4 avril 1807 suite à un complot contre lui, organisé par les Jagoordo. Les Jagoordo étaient les membres de l'assemblée qui élisaient l'Almamy. Après sa mort, les Torodo, divisés par leurs perpétuels désaccords, se scindent en cinq familles, parmi lesquelles sont élus les Almamy. Le peuple ne vote plus, c'est le retour à la monarchie absolue du temps Denianke, malgré l'interdiction formelle de l'esclavage et du régime des castes qui continue de prospérer. Cela dura jusqu'en 1881, date à partir de laquelle les colons commencèrent à affluer dans le Fouta. Ils parviendront à s'emparer de l'État de manière progressive à la fin du XIXe siècle.

 

 

Treize ans avant la Révolution française de 1789,

l’Almaami Abdoul Kader Kane avait déjà interdit la traite négrière

dans son pays

  

 Dignitaire_Peulhs

 

Plus de 250 ans après sa mort, la vie d’Abdoul Kader Kane qui a été désigné par ses pairs intellectuels Torobbe comme premier Almaami du Fouta-Toro (regroupant le nord du Sénégal et le sud de la Mauritanie) après leur victoire contre le pouvoir Denyanké, qui a régné sur le Fouta-Toro de 1512 à 1776, suscite de plus en plus d’intérêts chez les chercheurs africains.

Dans son dernier livre intitulé "Lumières noires de l’humanité : inventeurs, héros, artistes et sportifs", le Dr Oumar Dioume de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (I.f.a.n.) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar lève un coin du voile sur la vie de l’Almaami Abdel Kader Kane.

De ce chef politique et religieux qui dirigea le Fouta-Toro de 1776 à 1806 ou 1807, on retiendra qu’il a été celui qui a interdit la traite négrière et donna l’indépendance nationale au Fouta-Toro. Le Dr Oumar Dioume nous apprend qu’Almaami Abdoul Kader Kane, au non des principes de la défense des droits de ses mandants, a, treize ans avant la Révolution française de 1789, interdit la traite négrière dans son pays.

 

Avec cette interdiction de la traite négrière, l’Almaami Abdoul Kader Kane emboita ainsi le pas aux Quackers (secte chrétienne) de Philadelphie qui étaient les seuls dans le monde à avoir aboli l’esclavage aux Etats-Unis d’Amérique en 1776.

 

D’ailleurs, ce caractère révolutionnaire de la lutte d’Almaamy Abdoul Kader Kane contre la traite négrière est corroboré par le Professeur Oumar Kane dans son livre de référence "La première hégémonie peuhle, Le Fouta Toro de Koly Tengella à Almaamy Abdoul, 1512 à 1806".

 

Dans le même ordre d’idées, dans son récit intitulé "Observations sur la traite des nègres, avec une description de quelques parties de la côte de Guinée, durant un voyage fait en 1787 et 1788 avec le docteur A. Sparganier et le capitaine Arrhenius", le suédois Carl Bernard Wadstrom confirme cette particularité.

 

"La conduite du roi actuel d’Almaamy (autrefois grand marabout) est plus intéressante pour l’humanité et prouve la fermeté du caractère mâle des Nègres lorsqu’ils ont acquis quelques lumières. Comme son esprit a été plus cultivé dans sa jeunesse que celui des autres princes noirs, il s’est rendu tout à fait indépendant des Blancs. Il a non seulement défendu la traite des esclaves dans ses Etats, mais (en 1787) il n’a pas même voulu permettre aux Français de faire passer par ses Etats les captifs de Gallam. Il rachète ses propres sujets lorsqu’ils ont été pris par les Maures, et il les encourage à élever des troupeaux, à cultiver la terre et à exercer leur industrie de toutes les manières", avait écrit Carl Bernard Wadstrom.

 

Les faits sont là et les témoignages sur l’action de l’Almaamy Abdel Kader Kane d’abolir la traite négrière sont nombreux. Cet homme qui "a porté sur le trône plus de lumière que ses prédécesseurs" a tenu tête face au colonialisme français qui "a excité contre lui les Maures qui l’ont attaqués et qu’il a vaincus" reste aux yeux de Pruneau de Pommegorge, ancien membre du Conseil du Sénégal, celui qui "a défendu  dans tout son pays les pillages, ni de faire aucun captif ; et, enfin par d’autres moyens politiques (et au fonds très humains) il est parvenu à repeupler son vaste royaume, à y attirer des peuples qui y trouvent leur sûreté.(…).ainsi voilà un homme d’une contrée presque sauvage, qui donne une leçon d’humanité à d’autres peuples policés, en défendant dans tous ses Etats la captivité et les vexations".

 

L’Almaamy Abdoul Kader Kane va plus loin dans sa lutte contre la traite négrière en attaquant les royaumes négriers voisins comme ceux du Cayor et du Walo. Mais, il sera vaincu en 1790 à la bataille de Boungowi par le Damel Amari N’Goné N’Della Coumba aidé par le double jeu du Brack du Walo et la complicité du comptoir négrier de Saint-Louis qui a fourni à crédit des fusils au Damel moyennant le remboursement en esclaves en contrepartie.

 

Fait prisonnier par le Damel, l’Almaamy Abdoul Kader Kane n’a jamais renié ses convictions à savoir combattre la traite négrière et donner au Fouta Toro son indépendance. Son almaamyat a marqué le 18ième siècle. Ainsi, aucun des Almaamis qui l’ont succédé n’a remis en cause l’interdiction de la Traite négrière qu’il a décrétée en 1776.

 

 

Par Babacar Baye NDIAYE

 

 

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Le Fuuta Toro de Suleymaan Baal à la fin de l' Almamiyat - de B.WANE