Gawdé Bofé *

 

 

 

 

" Le Village des Diawanbé " 

 

 

 

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 Une concession du village de Gawdé Bofé

  

Gawdé Bofé (appelé parfois Gawdé Diawanbé) est un petit village Haal Pulaar d’environ 700 habitants, perdu entre Kanel et Bakel dans le Diéri, le versant désertique du Fouta. Il est situé dans la région de Matam et le département de Kanel mais est plus proche du département de Bakel. C’est un village où mon cœur et mes pieds y sont attachés depuis maintenant 4 ans puisque c’est lors de l’organisation d’un chantier pour de jeunes étudiants angevins que j’ai découvert Gawdé et les Gawdénabé, ses habitants. La sympathie et la générosité des villageois, le mode de vie, la culture et la chaleur humaine m’y font revenir presque 5 ou 6 mois par an. C’est mon pied à terre lorsque je me rends au Fouta, hébergé par une personne que j’estime et qui est dorénavant devenu mon meilleur ami, Benoit Ngor Deb DIOP, l’Infirmier du village.

 

Au début de mes voyages, après qu’un vieux m’ait dit « Dawud, il y a tellement de villages au Fouta et c’est à Gawdé que tu es venu et que tu restes, ce n’est pas pour rien que tu es arrivé jusqu’ici, Dieu est grand … », j’ai commencé à fouiller dans l’Histoire de Gawdé Bofé, des villages environnants et de l’ensemble du Fouta, et aujourd’hui je me passionne pour cette grande et riche Histoire. Le vieux avait raison, ce n’était pas pour rien, et d’ailleurs le hasard n’existe pas : « le hasard est le Nom de Dieu lorsqu’il n’a pas voulu signer ». Ce village est en effet spécifique dans le département de Kanel et dans la sous-région du Lowré. Le Lowré est le nom ancien d’une petite zone qui comprend une multitude de petits villages du Diéri et où est localisé Gawdé Bofé.

 

 

 

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 Le Diéri, les terres du Fouta, les alentours de Gawdé Bofé

 

 

Le mot « Gawdé » est en fait un nom d’arbre que l’on appelle le Gawdi. C’est un arbre épineux, de la famille des acacias, qui pousse dans les zones désertiques. Cet arbre produit des petits fruits utilisés pour les teintures. « Bofé », en Pulaar, est un concept difficile à traduire mais il pourrait signifier « quelqu’un qui ne peut pas marcher ».

 

 

Ecoutons Samba Yéro DAFF, un habitant de Gawdé Bofé qui travaille et vit actuellement sur Paris et qui est une source d’information considérable sur le village et ses alentours :

 

 

« Gawdé Bofé est un village vieux de plus de 600 ans. C’est l’un des premiers dans la zone du Lowré et fut donc le carrefour de ce petit territoire. Pour cela, juste avant l’indépendance du Sénégal, il reçoit une école puis un dispensaire qui sont les plus anciennes infrastructures éducatives et sanitaires du département de Kanel. Il faut comprendre que ce l’on voit maintenant au Fouta n’est pas ce que l’on voyait autrefois. Aujourd’hui, Gawdé Bofé semble être un village comme tous les autres, perdu dans les terres, éloigné et oublié de tout. Mais en réalité, tous les autres villages que l’on peut voir aux alentours et plus généralement dans la zone du Lowré proviennent de Gawdé Bofé. Ce village était très important et l’est encore car, malgré la route goudronnée qui pourrait favoriser les plus grands villages, certains mieux situés dépendent de Gawdé au niveau éducatif et sanitaire, tel que le village de Bondji qui est plus gros que Gawdé mais ne dispose pas de dispensaire et dont l’école est très récente. »

 

« Autrefois, la mosquée de Gawdé Bofé était la seule de toute la zone, c’est donc la plus ancienne avec celle de Yacine Lacké et celle de Séno Palel. Tout le monde venait prier à Gawdé, et aujourd’hui les plus grand marabouts font toujours une visite au village. »

 

 

 

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 Thierno Tijane BA, de Madina Gunass, en visite à Gawdé Bofé - Mars 2010

 

 

 

Gawdé Bofé possède deux mosquées, l’une, plus récente, a été inauguré en mars 2008, avec la présence de presque tout l’ensemble des villages du département de Kanel. L’autre, beaucoup plus ancienne, pourrait être classée au Patrimoine Historique du Sénégal au même titre que la mosquée de Séno Palel. En effet, elle date du temps d’El Hadj Oumar TALL, le plus grand chef religieux du Fouta et du Sénégal, qui a introduit la Voie Tidjane,

venu lui même dans le village, au 19ème siècle, tracer les plans de la future mosquée. Gawdé était, et est encore aujourd’hui, un village très religieux. Après discussion avec l’Imam du village, celui-ci me confie qu’à l’origine, la mosquée devait être construite à l’endroit où il habite (à l’époque, la famille de l’Imam n’habitait pas là) et l’on peut encore voir les premières pierres de sa fondation. Puis elle a été déplacé à l’endroit où on peut la voir de nos jours pour je ne sais quelles raisons. Aujourd’hui, les murs s’effritent et les tôles du toit sont tombés, les villageois s’activent pour pouvoir la rénover malgré le peu de moyens qui est à leur disposition.

 

 

 

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 La plus récente mosquée de Gawdé Bofé

 

 

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La plus ancienne Mosquée de Gawdé Bofé, du temps d'El Hadj Oumar TALL

 

 

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L'entrée de la mosquée

 

 

 

«Autrefois, il y avait des tambours dans le village et de grandes fêtes, mais un grand marabout a interdit ces manifestations. On a du casser les tambours et abolir cette pratique, et depuis 40 ans il ne se passe plus rien au village».

 

Depuis, Gawdé Bofé a organisé son propre festival : le festival Bamtaaré Lawré Gawdé Bofé, qui s’est déroulé en Avril 2010. Cet événement avait pour but de valoriser la culture et la tradition Haal Pulaar sous toutes ses formes. Les vieux ont finalement décidé d’accepter la mise en place du festival et après 40 ans d’inexistence d’animations culturelles, la tradition Pulaar  est revenue au goût du jour au son des Hodus et des tambours.

Pour plus d’information sur le festival :

http://senegalfouta.canalblog.com/archives/le_festival_bamtaare_lawre_gawde_/index.html

 

 

 

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Les Tambours de Kawal s'invitent à Gawdé Bofé

 

 

 

« L’école est l’une des plus anciennes du département de Kanel. Elle a été fondée en 1958 mais elle est restée fermé de 1975 à 1991. La cause de sa fermeture est que l’école était obligatoire sinon les parents devaient payer une forte amende d’environ 3000 à 4000 cfa (5 à 6 euros) en cas de non-scolarisation, ou même d’absence, de leurs enfants. Alors que la tradition était d’envoyer ses enfants étudier le Coran. A l’époque, les parents avaient peur des instituteurs ainsi que des amendes, ils envoyaient systématiquement leurs enfants à l’école française même si cela ne leur plaisait pas. Mais en 1975, un papa refusa d’envoyer son fils à l’école, le directeur alla chez lui et on voulut le frapper avec un pilon. Il s’ensuivit un mouvement de révolte et on ferma l’école jusqu’en 1991, date à laquelle Seidy Bocoum, originaire du village la ré-ouvrit.

L’école obligatoire était un système hérité de la colonisation qui bouleversa la tradition Africaine, mais ce fut encore plus dur après l’indépendance. »

 

 

 

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La cour de l'école de Gawdé Bofé

 

 



L’école de Gawdé est toujours là avec ses nombreux élèves. De nos jours, presque tous les villages sont pourvus d’une école, même ceux qui se situent loin dans la brousse, mais auparavant Gawdé était l’une des seules écoles et il n’est pas rare de trouver des hommes et des femmes éloignés de Gawdé qui ont fait l’école primaire au village. Aujourd’hui, l’école polarise deux villages : Gawdé Bofé et Gawdé Wambabé.

 

 

Merci Baba Samba pour ces précieuses informations, et j’espère qu’un jour elles pourront être compilées dans un ouvrage en hommage au village que nous aimons tous les deux : Gawdé Bofé.

 

 

 

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 Village de Gawdé Bofé

 

 

Gawdé Bofé, malgré sa petite taille et son isolement, est connu et respecté dans la région, grâce à ses habitants. En effet, Gawdé est un village que l’on dit « casté », même si personnellement ce terme me déplait. Ses habitants sont tous des Haal Pulaar, c’est à dire qu’ils parlent la langue Pulaar et ne forment qu’un seul Peuple. Mais à l’intérieur de ce peuple, les Pulaar, existe une 15aine de classes sociales qui correspondent à la répartition des métiers. De père en fils, le Pulaar, comme d’ailleurs la majorité des Peuples d’Afrique de l’Ouest, sera soit Baylo (forgeron), Cubalo (pêcheur), Maccudo (esclave), Bambado (Griot), Diawando (conseiller, stratège), Sacké (cordonnier), Labo (boisselier), Torodo, Pullo (berger), Gawlo (Griot), Mabo (potiers, tisserands) … etc. Ces classes sociales sont hiérarchisées, certaines sont nobles et d’autres non mais cela n’a rien à voir avec la conception occidentale des classes supérieures et inférieures comme du temps de la monarchie au moyen-âge.

 

Les habitants de Gawdé Bofé sont donc, pour la majorité, des Diawanbé. Lorsque l’on se rend au Fouta, on se rend compte que beaucoup de gens connaissent mieux le village sous le nom de Gawdé Diawanbé. Les Diawanbé étaient très importants durant l’antiquité au Fouta. Ils partagent la classe des nobles avec les Torodos et les Peuls. Leur métier d’autrefois : conseiller les rois. Des ministres en quelque sorte. Ils étaient très puissants car leur ruse leur permettait de concevoir des plans et des stratégies pour diriger le royaume et le peuple. Un proverbe Pulaar dit que « Si tu veux faire un coup d’état, appelle un Diawando, il t’en fera le plan ».  Il n’est pas rare au Fouta d’entendre les gens critiquer les Diawanbé à cause de leur malice, leur intelligence, leur orgueil, leur hypocrisie …

 

Il existe d’autres villages exclusivement composés de Diawanbé au Fouta. Citons le village de Séno Palel, frère jumeau de Gawdé Bofé, ainsi que Thilogne et Kanel. Kanel est un plus gros village, donc beaucoup plus métissée mais à l’origine, deux classes sociales y cohabitaient : les Diawanbé et les Torobé.

 

Le chef du village de Gawdé Bofé est aujourd’hui Bala SAM. 

 

 

 

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Les Enfants du Village