* L’Islam des Haal Pulaar * 

 

Par Oumar BA

 

 Les_Hauts_Lieux_de_l_Islam_S_n_galais

 

 

 

Certes, les premiers en Afrique de l'Ouest à se convertir à l'Islam furent les Toucouleurs et les métis Peuls, et ce dès le XIème siècle, grâce aux Almoravides en partie.

Ces Hâl Poulâr pratiquent un Islam relativement pur. Pas de lieux de pèlerinage vénérés, mais seulement des foyers, fiers de posséder une école réputée (hier à Nguidjilone, Ganguel, Boki Diawé, Thilogne, Boghé, Diâtar), aujourd'hui surtout à Kaédi (marabouts Mamadou Bôkar, Amadou Néné), Madîna Gounâsse (El Hadj Mamadou Seydou), etc.

A coup sûr, les confréries ajoutent quelques prières au rituel commun. Cependant ces chefs religieux ne possèdent pas d'autorité étendue; si on les respecte, note-t-on dans l'ouvrage: "La moyenne vallée du fleuve", c'est à cause de leur science, de leur sagesse ou de la profondeur de leur foi. Au fleuve, on pratique depuis toujours l'étude de l'Arabe, si bien que chaque hameau à ses clercs.

 

N'est-ce pas, à Thièrno Souleymân Bâl, et à ses pairs que l'on doit cette république théocratique: "un mélange curieux et original de théocratisme, de féodalisme et de parlementarisme". Somme toute, dans l'exercice du pouvoir, l'Almâmi président de cette république, n'est maître absolu que dans le cadre absolu des moeurs et des traditions. Et encore les décisions sont prises après consultations des ministres et de l'assemblée des délégués et de villages et des différentes couches sociales. C'est le batou, système institué pour tout arranger par les débats. Le dialogue Sénégalais n'est pas du tout nouveau.

 

En vérité, au Foûta, le pouvoir spirituel du marabout est permanent. Du berceau au cimetière, on vit à l'ombre tutélaire du marabout, dirait Y.Wane :

 

 

- pour l'imposition du nom,

- l'éducation,

- la célébration du mariage,

- la santé à recouvrer,                            ici comme là, le marabout est toujours présent.

- le succès à obtenir,

- le malheur à conjurer,

- l'enterrement,

 

 

Avec honneur et fierté, on citera le grand convertisseur El Hadj Oumar Tall. Ainsi que les chefs de confréries Ousman dan Fodié, El Hadj Oumar, El Hadj Mâlik Sy, Cheikh Bamba partis tous de ce fleuve ou l'on consomme le sammé (sorgho to sammé o nyâmétê to, là-bas ou l'on vit de sorgho).

 

Pour tout dire, le Foûta Tôro fait figure de pays pilote. Cependant, malgré l'ancienneté, sur ce point J-C Froelich a raison, notre Islam est un Islam repensé, repétri, négrifié, adapté, taillé à notre mesure. Appelons le, avec V.Monteil: Islam Noir. L'Islam, reconnaît l'illustre A.H Bâ, se colore aux teintes des terroirs et des pierres. Ainsi substrat religieux et emprunts cohabitent en bonne intelligence, tels ce Dièri et ce Wâlo: culte des ancêtres, croyances aux sorciers vampires, port de gris-gris, pratique successorale traditionnelle, recours à la divination, importance attachée aux songes et à l'oniromancie, interdits claniques, circoncision et clitoridectomie (dont le Koran ne dit mot).

 

Ne dit-on pas: "Tout peuple, en adoptant une nouvelle religion, garde le secret désir de ne pas encourir les rancunes des antiques divinités qui occupent son sol, flottent dans l'eau qu'il traverse et qu'il boit, et jusque dans l'air qu'il respire." A coup sûr on croit à l'être suprême qui habite le ciel. Et c'est le lieu de confier que même pour nombre d'évolués la seule raison ne soutient par l'armature de l'existence. D'ou le sacrifice des quadrupèdes et des volailles aux Esprits et aux Mânes des ancêtres. Sur les avis du charlatan. Qui plus est, le charlatan et le marabout ne se croisent-ils pas au chevet d'un même patient.