Le peul / pulaar/ fulfude *

 

Le_P_kan__glorification_de_la_Parole_par_les_P_cheurs_Pulaar_Tiubalb_s 

 

Expressions courantes - Audio Anglais / Pulaar

 

L’origine de la langue peule est aussi controversée mais toutes les hypothèses sont unanimes au sujet de sa parenté avec les langues négro-égyptiennes dont les langues nilotiques sont un sous-groupe. De très considérables similitudes ont été signalées par les spécialistes entre la langue peule et les langues du Haut-Nil. C’est ce qui a poussé beaucoup d’africanistes à chercher l’origine des Peuls dans cette région.       

Dans son article, L. Homburger, 1936, Le Peul et les langues nilotiques, Bulletin de la société de linguistique de Paris, t.37, pp. 58-72) écrivait :         

Le Peul est étroitement apparenté aux langues nilotiques et surtout au sous-groupe du Sud (Masaï-teso) qui différencie le masculin et le féminin. Les suffixes de classes nominales du Peul correspondent à des morphèmes de catégories diverses du masaï et le traitement des initiales en Peul est en fonction du genre des mêmes mots en masaï . Le peul a donc connu la répartition des noms en deux genres et les classes actuelles représentent une évolution inexplicable mais tardive.      

Le système des classes dans le peul peut s’expliquer par un contact, à un moment donné de leur histoire, avec des populations bantoues. Cela semble d’autant moins contestable que le vocabulaire en garde des traces. Par exemple, nyaama signifie « viande » en Pulaar, nyamdu est la « nourriture » en fulfulde, et nyamugo est le verbe manger.            

Cette racine nyam signifie généralement « viande » dans les langues bantoues, notamment en swahili. On trouve généralement des analogies entre Peul et bantou dans le système de formation des dérivés verbaux.      

En fait, les populations tutsies du Rwanda, du Burundi et de la province du Kivu au Zaïre parlent le Kirundi, langue entièrement bantoue. Cela ne prouve rien, mais l’essaimage à partir de l’Egypte de ces populations est une hypothèse qui a une certaine consistance.

Le peul a, par ailleurs, profondément marqué des langues comme le wolof , le sérère et le diola au Sénégal, mais à une époque assez reculée car ces langues sont nettement différentes. D’un point de vue de linguiste, elles sont toutefois parentes quant à leur système phonétique à l’image des signifiants suivants :     


                    wolof           sérère         peul (pulaar)
   Eau          ndox               fofi                ndiyam
   Merci      djaradjef       tchorka            jaarama
   Route         tali               akat                laawol


Le mot « femme » se dit, en Sérère, tev au singulier, rev au pluriel ; en peul on aura respectivement debbo et rewbe, dont les dernières syllabes sont des suffixes de classe. Le mot « femme » fait partie des mots facilement identifiables pour rendre compte d’une certaine parenté linguistique entre le peul et le sérère.

Ainsi, Théophile Obenga (1980 : 70) soutient qu’il n’ y a aucune parenté génétique entre le peul et les langues nilotiques malgré cette parenté phonétique et demande la création d’une nouvelle famille qu’il propose d’appeler le négro-egyptien qui serait séparée de la famille sémitique . Cet auteur reconnaît que l’ancêtre commun de ces deux familles se situerait au Sahara, d’où la similitude entre les langues nilotiques et les langues chamito-sémitiques.

La question qui se pose est de savoir si ces ressemblances phonétiques induisent une parenté génétique entre les langues couchitiques et celui des langues ouest-africaines et quel a été alors le berceau commun. A ce sujet, Cheikh Anta Diop ne s’est pas gardé de conclure qu’il existe une parenté génétique entre le Peul et les langues couchitiques.

Selon lui, cette parenté ne doit nullement étonner dans la mesure où le monde sémitique est né, en partie, du monde négro-africain : le substratum du monde sémitique et le Sémite ne sont que le résultat du métissage entre les Nègres sédentarisés et inventeurs de civilisations avancées et des Blancs nomades. C’est ce qui explique, pour lui, la parenté entre le wolof, le peul, le sérère et l’arabe.

Ces deux hypothèses notent l’origine nilotique de la langue peule et jusqu’à présent aucune recherche n’a montré que cette hypothèse était non fondée.


Bayal SY,
Enseignant chercheur